76ème anniversaire de la Libération de Fontainebleau

Retrouvez dans cet article le discours prononcé dimanche 23 août par Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau à l'occasion de la commémoration du 76ème anniversaire de la Libération de Fontainebleau.
C'est en effet le 23 août 1944 que les soldats de la 3ème Armée du Général Patton ont libéré notre ville.

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Intervention pour le 76eme anniversaire de la Libération de Fontainebleau

Le 23 août 2020

Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des corps civiles et militaires,
Mesdames et Messieurs,

Il y a 76 ans exactement, le 23 août 1944 à 9h30, la ville de Fontainebleau connait un début de matinée marqué d’une certaine effervescence. Des convois de militaires nazis vont et viennent depuis déjà quelques jours, la rumeur d’abandons des casernes du sud de la Ville se propagent, d’autres rumeurs de la libération de certaines villes à quelques dizaines de kilomètres vers l’ouest est venue aux oreilles de certains Bellifontains… Pourtant, à cette heure-là, aucun d’entre eux ne devine encore que cette effervescence inquiète laissera place à la liesse quelques heures plus tard…

Et pourtant, le 23 août 1944, à 12 h, les soldats du 20eme corps, appartenant à la 3eme armée américaine commandée par le Général Patton, avec leurs chars Shermann, débouchaient de la route d’Etampes pour aborder Fontainebleau par le carrefour de la Fourche, devenu d’ailleurs depuis le carrefour de la Libération.

Ici même, à Fontainebleau, après quatre ans d’occupation et la présence importante de soldats de l’armée nazie, installés dans les nombreuses casernes de la Ville, la population voyait le bout de ce sombre tunnel en apercevant les chars, les hommes à pied et les véhicules légers américains, un convoi d’un peu plus de 800 hommes.

Ces soldats, des comptes-rendus militaires de l’époque les décrivaient « épuisés, les yeux vides, morts de fatigue et couverts de poussière ». Et pourtant, à Fontainebleau ce 23 août, ces jeunes soldats n’étaient qu’à mi-chemin dans leur chevauchée héroïque. A la moitié de cette marche inouïe et audacieuse, qui les vit partir de Saint-Mère-l’Eglise le 6 juin pour arriver à Metz 56 jours plus tard.

En cet été 44, la main de fer de l’occupant nazi et de ses relais que sont les institutions de Vichy, la Milice et les collaborationnistes actifs, se fait sentir à Fontainebleau comme ailleurs. Il faut rappeler que notre ville, ville de garnison, a un temps accueilli le commandement ouest de l’armée allemande qui comprenait 60 généraux et 12.000 hommes.

Puis, vint le débarquement du 6 juin réussi, les premières villes libérées, les actions plus intensives de la Résistance pour fragiliser l’organisation des troupes d’occupation. Tout cela fait naître l’espoir.

Corollaire de cette situation nouvelle dans notre pays, l’occupant nazi se raidit, durcit la répression, multiplie les arrestations, les actes de torture, les assassinats.

Et, ici à Fontainebleau, à Avon et dans tous les environs, cet été 44 restera aussi dans les mémoires pour des actes de barbarie d’une armée nazie et de collaborateurs zélés qui sans doute sentent la fin proche.

Le 7 juillet, c’est à un kilomètre d’ici, en forêt de Fontainebleau, au bord de la route de Nemours, que Georges Mandel est assassiné par des miliciens.

Le 21 juillet, 22 prisonniers, pour l’essentiel des résistants, sont sortis par les nazis de la prison de la rue du Sergent Perrier pour une destination alors inconnue. Le 17 août, même scénario, 14 autres personnes sont eux aussi emmenés. Ou sont-ils emmenés ? On ne le saura qu’en décembre 1944, lorsque des soldats américains découvrent un charnier dans la clairière de Chanfroy, à Arbonne. Là, ces 36 personnes ont été assassinées.

De cette même prison, au cours de ces semaines cruciales, des convois continueront de partir pour emmener des prisonniers français dans les camps nazis.

Dans la Ville, juifs et résistants continuent à être traqués.

Dans les jours qui précèdent l’arrivée des américains, c’est l’effervescence dans l’armée nazie, l’organisation du repli, la préparation des lignes de défense. Dès le 15 août, des premiers convois de militaires et de membres de la Gestapo quittent Fontainebleau. Les rumeurs d’une arrivée imminente des troupes américaines sont de plus en plus insistantes. Le 18, trois bombes alliées tombent non loin de Fontainebleau. Entre le 18 et le 23 août, la tension monte un peu plus chaque jour. Des incidents éclatent, comme le pillage le 22 août de la librairie allemande installée rue de France qui venait d’être abandonnée par les troupes d’occupation.

Puis le 23 août, aux environ de 12h, ce sont les premiers GI qui apparaissent au débouché de la route de Milly. Ce fût une libération sans combats comme le rappelle l’historien Jean-Claude Polton dans l’article très bien documenté qu’il a rédigé dans le numéro 6 de la Revue d’histoire de la Ville sur ces journées capitales. Je lui emprunte d’ailleurs ces quelques lignes qui décrivent bien l’ambiance de ces heures-là :

« A la Fourche, une partie des troupes américaines prend le boulevard circulaire, puis la rue de la Paroisse pour gagner le centre-ville, avec l’aide d’éléments de la Résistance, tandis que les autres filent vers Valvins. Les Bellifontains présents le long des rues découvrent les fantassins américains, pistolet mitrailleur sous le bras, qui entrent en ville dans un silence impressionnant, grâce à leurs semelles de caoutchouc. Quel contraste avec le bruit de bottes des soldats allemands entendus pendant quatre ans… A l’Hôtel de Ville, les officiers américains sont reçus par la municipalité. La foule est en liesse, les armes – qui ne serviront pas – sortent de leurs cachettes ainsi que les drapeaux francais, anglais et américains. Des cocardes tricolores apparaissent aux revers et des banderoles dans les rues. A midi, les cloches de l’église sonnent à toute volée, tandis que des cortèges improvisés se répandent dans les rues où la foule entonne La Marseillaise et d’autres chants patriotiques »

A Fontainebleau, comme ailleurs, la libération provoque ensuite son lot de troubles, de vengeances, de règlements de compte. Dès le 23 août, une quarantaine de femmes susceptibles d’avoir eu des relations intimes avec l’occupant sont tondues publiquement.

Puis il y eu la bataille de Valvins, les nazis s’étant retranchés sur la rive droite de la Seine pour tenter de rendre impossible son franchissement par les américains.

Au cours de cette année 44, comme au cours de l’ensemble de la guerre, beaucoup de Bellifontains, Avonnais ou habitants des villages environnants se sont illustrés, car ils ont fait le choix de la résistance active, de la désobéissance, de l’entraide aux juifs ou aux résistants. Certains noms viennent spontanément, comme ceux de Rémy Dumoncel, le maire d’Avon, du Père Jacques, père principal des Carmes d’Avon, de Paul Mathéry le secrétaire général de la mairie d’Avon, d’Emile Junguenet, du colonel de Larminat, de Pierre Serviat, tous trois étant à la tête de groupes de résistants. On peut citer aussi le bellifontain Ballen de Guzmann, bellifontain qui fut l’un des fondateurs de l’automobile club de France, déporté en 1942, ou le commissaire Calas et le colonel Edmond, déportés eux aussi. Tant d’autres pourraient être cités.

Si le temps finit par estomper le détail des choses, rien de doit nous faire oublier l’engagement de certains, leur courage jusqu’à parfois le sacrifice de leur vie.

Nous ne devons pas oublier non plus ceux qui ont débarqué en Normandie sans rien connaître de notre pays.

Notre cérémonie d’aujourd’hui doit être l’occasion de marquer notre respect et notre admiration pour ces soldats qui sont venus se battre - et pour beaucoup mourir - afin de libérer notre pays et restaurer la paix sur notre continent.

Cette dette de sang, nous l’avons tous à l’esprit. Tous les Français, tous les européens savent ce qu’ils doivent à ce grand pays que sont les Etats-Unis.

Il fallait un umonument pour garder le souvenir de cette percée des troupes américaines et plus largement symboliser la Libération de la France. Ce monument, ce fût cette voie sacrée, la « Voie de la Liberté ». Longue de 1.147 km, cette « Voie de la Liberté » est donc marquée de 1.147 bornes qui, à chaque kilomètre, de Sainte-Mère-l’Eglise à Bastogne, en Belgique, scandent chacune des étapes de cette marche victorieuse du Général Patton et de ses hommes.

Il faut savoir que c’est ici même, à Fontainebleau, que furent inaugurées les 1147 bornes, il y a 70 ans, le 18 septembre 1947.

Ici, à Fontainebleau, nous avons peut-être plus qu’ailleurs la mémoire de ce lien fraternel et historique qui unit la France et les Etats-Unis. Notre Ville a en effet eu l’honneur d’accueillir jusqu’en 1967 l’Etat-major des forces alliées Centre-Europe de l’OTAN et de nombreux soldats américains et alliés séjournaient ici.

Et comme nous accueillons aussi le commandement en France de la Bundeswehr, et ce depuis 1957, nous sommes ici sur une terre où se vit chaque jour la coopération militaire, donnant du sens à cette unité retrouvée d’un continent qui aujourd’hui aspire à la Paix et à la coopération entre les Nations.

Vive Fontainebleau,
Vive les Etats-Unis,
Vive la France

 

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